15 octobre 2009
Pour votre culture!
Quand viennent les élections plusieurs groupes profitent de cette occasion pour savoir ce que pensent les futurs élus. Voici les questions du conseil de la culture de l'Estrie, auxquelles devront répondre les aspirants maires de Sherbrooke . Mais par curiosité, vous en tant que citoyens, que réponderiez-vous à ce questionnaire? Simple question.
Bonne lecture..plus tard la semaine prochaine vous pourrez lire les réponses sur le site: www.conseilcultureestrie.org
Texte:
La Culture,
un vecteur de développement économique et stratégique
« On ne s’étonne plus de voir la culture à l’ordre du jour de congrès d’économistes, de sociologues, d’éducateurs, de publicitaires, de comptables, d’urbanistes, de criminologues ou de policiers ».
« On privilégie, en effet, l’angle culturel pour aborder des sujets aussi variés que le tourisme, la publicité, l’écologie et le développement durable; la lutte contre le désœuvrement et la criminalité des jeunes, la prévention du décrochage scolaire; l’intégration des immigrants, la requalification des quartiers délabrés, l’amélioration des relations interculturelles dans les villes cosmopolites et l’affirmation identitaire à la fois individuelle et collective ».
« De plus, on voit des politiciens de toutes allégeances prendre fait et cause pour l’augmentation des investissements et des dépenses publiques en culture comme stratégie de positionnement »1.
* * *
Si la culture est reconnue comme un vecteur de développement économique dont l’importance s’avère en forte croissance dans les grandes villes ou sur le plan provincial et national, cette reconnaissance tarde à s’ancrer dans certaines administrations de villes de moyenne importance et dans la gouvernance des régions.
Dans leur article intitulé « Étude de l’évolution des dépenses municipales dans les champs du loisir, de la culture et du logement social » 2, les chercheurs Georges Letarte et Lucie Fréchette démontrent, par exemple, que la Ville de Sherbrooke, en 2000, investissait en culture per capita 28,09 $ et 32,47 $ en 2006, soit une augmentation de 15,6 % en six ans.
Pour la même période, la Ville de Trois-Rivières investissait 38,42 $ et 85,26 $ en 2006, soit une augmentation de 121,9 %. La hausse des dépenses per capita consentie par la Ville de Sherbrooke correspond plus ou moins à la hausse de l’indice des prix à la consommation. Il semble donc y avoir une place au rattrapage, si on compare avec la Ville de Trois-Rivières.
Regardons maintenant l’apport de la culture au plan économique. En 2008, le Conference Board du Canada publiait un rapport intitulé « Valoriser notre culture : mesurer et comprendre l’économie créative du Canada »3. Celui-ci affirmait que les contributions directes, indirectes et secondaires du secteur culturel soutenaient 1,1 million d’emplois dans l’économie canadienne, et que 40 % des 7,5 millions de touristes ont participé à, au moins, un événement culturel.
Les statistiques démontrent par ailleurs que l’activité culturelle a des effets tangibles sur l’économie locale et contribue à la consommation de proximité : restaurants, hôtels, vente au détail, etc.
Nous pourrions poursuivre la comparaison avec l’industrie automobile où le maintien d’un seul emploi exige un investissement public de deux millions de dollars. Imaginez la répercussion d’une telle somme dans le secteur culturel, où 250 000 $ de dépenses d’un organisme culturel dans une municipalité de 250 000 habitants, contribue à soutenir 7,5 emplois à temps plein à l’échelle locale !
Les chiffres du Conference Board du Canada démontrent aussi que pour un investissement global de 8,23 milliards de dollars en 2006-2007 en provenance des trois paliers de gouvernement, un produit de 84,6 milliards du PIB est attribuable au secteur culturel 3.
Avec une incidence de plus en plus marquée au niveau économique, la culture représente, de surcroît, un apport important en matière de cohésion sociale et d’identité collective. Elle constitue un facteur de rétention des jeunes dans leur région, un élément central du développement durable et de la qualité de vie d’une population. La culture nous définit, nous rassemble et nous projette vers l’avenir. La culture, c’est plus que du loisir, c'est le ferment de ce que nous avons été, de ce que nous sommes et de ce que nous deviendrons individuellement et collectivement. C’est dans ce contexte que le Conseil de la culture de l’Estrie, appuyé par les organismes et les intervenants culturels du milieu, s'adresse à vous.
Par le biais de questions, parfois générales, parfois plus précises, nous voulons connaître vos intentions en ce qui concerne le secteur culturel dans son ensemble et connaître les moyens concrets que vous comptez prendre pour en assurer le développement.
Nous croyons que le développement culturel ne peut se développer qu’en facilitant l’accès à la culture aux différentes clientèles par une offre culturelle diversifiée et réalisée par des professionnels reconnus.
Les investissements liés à la culture doivent correspondre à une vision globale du développement de tous les secteurs, autant des arts de la scène et de la musique que des arts visuels et médiatiques ou encore de la littérature. Ils doivent servir la globalité des disciplines, l’accès de la population à la culture et le soutien aux artistes, autant les équipements que pour le développement de projets. Pour assurer cette diversité, la municipalité peut intervenir pour chacune des disciplines suivant le cycle de réalisation de l’œuvre : celle de la création, de la production, de la diffusion et, pour certains secteurs, la conservation. Une question alors se pose : s’il y avait une action à entreprendre dans le secteur du patrimoine de Sherbrooke, croyez-vous que cela viserait la reconnaissance des archives comme patrimoine documentaire à protéger, à conserver et à diffuser?
En conclusion
Le Conseil de la culture de l’Estrie est prêt à collaborer avec les élus(es) à la réalisation de divers projets structurants. Le Conseil offre toute sa collaboration aux élus(es) pour faire de l’Estrie un lieu qui se distingue avantageusement, tant sur le plan économique que social et culturel.
Le Conseil et ses partenaires sont des spécialistes de la culture et les premiers intervenants dans la création de l’offre de l’offre et des produits culturels. Si aujourd’hui nous posons des questions sur les enjeux à venir, nous serons demain votre partenaire de premier plan dans le développement culturel de la Ville de Sherbrooke et de l’Estrie.
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1. Brault, Simon, Le facteur C, Éditions Voix parallèles, septembre, 2009, page 11.
2. Letarte, Georges, Fréchette, Lucie, Cahier de l’ARUC-ISDC, Série Recherche, no 22, Université du Québec en Outaouais, 2009, 74 pages.
3. Le Conference Board du Canada, « Valoriser notre culture : mesurer et comprendre l’économie créative du Canada », Recherches sur les arts, vol. 7, no 5, octobre 2008.
QUESTIONS GÉNÉRALES
aux aspirantes et aspirants à la mairie de Sherbrooke (et des autres municipalités)
1. Si vous êtes élu-e aux élections du 1er novembre prochain, quel engagement prenez-vous pour consolider, voire développer les infrastructures dans le domaine culturel, celles entre autres qui relèvent du palier municipal : bibliothèques, salles de répétition, salles de diffusion, maisons de la culture ?
2. Au même titre que l’environnement, le sport, l’économie, qui représentent des vecteurs stratégiques, quels sont les projets, les budgets ou les enjeux que vous soutiendrez pour assurer le développement des arts et de la culture à Sherbrooke et sur l’ensemble du territoire de l’Estrie ?
QUESTIONS SPÉCIFIQUES AUX CANDIDATS
1. La Gouvernance
Au Sommet socio-économique de Sherbrooke, tenu en 2007, plusieurs acteurs ont été mobilisés, mais force est de constater que le secteur culturel a été évacué du plan stratégique de développement.
Dans une perspective de développement global de la ville, êtes-vous prêts à faire du secteur culturel un élément moteur intégré au plan de développement stratégique?
Compte tenu de son apport au plan économique, comment pouvez-vous garantir au milieu une représentativité au sein des instances locales et régionales ?
2. Lettres et livres / Bibliothèques
Même si le financement des bibliothèques publiques représente près de
72 % du budget alloué au secteur culturel par les municipalités, celui de Sherbrooke et de l’Estrie se situent au dernier rang des régions du Québec, bien en deçà de la moyenne nationale4.
Sans amputer les autres secteurs de la culture et pour assurer l’accessibilité aux citoyens aux services, que ferez-vous au cours de votre mandat pour ramener le financement des bibliothèques à égalité avec l’investissement moyen des municipalités québécoises dans leur bibliothèque respective?
3. La Relève
Le Conseil de la culture de l’Estrie, en collaboration avec ses partenaires, dont Emploi Québec, a réuni en colloque au printemps les artistes de la relève en Estrie.
Une étude réalisée par Extract Recherche Marketing révélait que 34 % des artistes, âgés entre 18 et 35 ans, envisageaient quitter la région au cours des cinq prochaines années 5.
De ce nombre, plusieurs quitteront pour étudier dans des domaines spécialisés, parce que leurs opportunités de carrière sont limitées à Sherbrooke et en région, parce qu’il y a un manque de lieux de production, d’équipements spécialisés et de ressources humaines reconnues dans les diverses techniques et professions de la pratique artistique.
Quel est votre vision de cette réalité touchant la rétention des jeunes artistes de notre milieu et quelles actions comptez-vous entreprendre pour faciliter leur intégration et pour améliorer les mesures de soutien à leur égard?
4. Les Salles de diffusion
La diffusion des arts de la scène par les municipalités bénéficiait en 2008 d’un montant de 19 millions pour présenter sur l’ensemble du territoire québécois des spectacles diversifiés et de qualité.
Selon le président du Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis (RIDEAU), monsieur Jean-Pierre Leduc, l’actuelle structure de financement ne permet plus de remplir ce mandat.
Comparativement au ratio que disposent les bibliothèques municipales, par exemple, l’apport financier de la municipalité dans la diffusion des arts de la scène semble laisser à la bonne volonté des élus 6.
À Sherbrooke, les diffuseurs s’en remettent plutôt aux institutions gouvernementales. Exception faite des services municipaux, le Granada reçoit 15 000 $ pour sa programmation annuelle; le Centre culturel est financé aux projets; et le Théâtre Centennial bénéficie de 1 000 $ de l’arrondissement s’il propose des films en anglais.
Dans ce contexte, comment prévoyez-vous améliorer l’accès des citoyens à la culture notamment à l’égard du support aux organismes de diffusion?
5. Lieu de diffusion spécialisé pour la jeunesse, en danse et théâtre
Une étude récente publiée par le Conseil québécois du théâtre (CQT) place l’Estrie et Sherbrooke au dernier rang à l’échelle provinciale quant à la fréquentation de spectacles de théâtre professionnel par les étudiants des écoles primaires et secondaires chez les diffuseurs reconnus7.
Étant donné que l’accès aux arts et à la culture constitue un élément primordial dans le développement de l'enfant, êtes-vous favorable au soutien d’un lieu de diffusion spécialisé pour l’enfance et la jeunesse, mais également pour les compagnies locales en théâtre et en danse? Si oui, quelles actions comptez-vous mettre de l’avant en ce sens?
6. Les Services municipaux dédiés à la culture
La Ville de Sherbrooke joue un rôle important dans l’organisation et le soutien des projets et événements culturels. Quels sont vos engagements pour assurer la continuité du développement de la pratique artistique professionnelle sur le territoire, tant aux plans du loyer d’atelier, de salle de répétition, de diffusion, ou toute autre mesure incitative?
7. Les Arts visuels et médiatiques
Sherbrooke possède plusieurs lieux de diffusion en arts visuels. Nous retrouvons le Musée des Beaux-arts de Sherbrooke, des galeries universitaires, quelques centres culturels ou maisons de la culture et un centre d’artistes spécialisé dans la recherche et la diffusion de l’art actuel. Dans cette discipline, le problème réside dans l’absence de lieux de production spécialement conçus et dédiés à cette fin.
Cet état de fait favorise l’exode des praticiens vers les grands centres ou vers les villes qui offrent de telles installations. Il ne s’agit pas d’offrir simplement des espaces pour peindre ou dessiner. Nous parlons ici d’environnement pouvant intégrer des équipements qu’un artiste ne peut individuellement et facilement se procurer, comme des laboratoires et des outils de traitement et d’impression numérique de l’image, de la vidéo et du son. Nous parlons aussi d’une résidence d’artiste de calibre international, laquelle favoriserait la rencontre entre les artistes d’ici et ceux venant de partout dans le monde.
D’ici le printemps 2012, êtes-vous prêt à vous engager dans la réalisation d’un pôle de développement, voire de production en arts visuels et médiatiques ? Que ferez-vous pour consolider et créer plusieurs emplois spécialisés dans le domaine des arts visuels et médiatiques ?
Considérant l’importance de la création et du maintien des emplois spécialisés en arts visuels et médiatiques, quel est votre engagement en rapport avec la réalisation d’un pôle de développement et de production dans ce secteur?
8. La musique
Si on considère les infrastrcutures en musique à Sherbrooke, les institutions académiques dans le domaine depuis le primaire aux études supérieures, les orchestres qui s'y déploient, les formations qui se multiplient, les festivals qui s'organisent et les salles disponibles pour offrir aux citoyens des concerts et des spectacles de qualité, que penses-vous de l'idée de positionner la Ville Reine des Cantons de l'Est comme pôle ou "Capitale de la musique" au Canada ?
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4. Ministère de la Culture, des communications et de la condition féminine du Québec, Statistiques 2006, Bibliothèques publiques, 2008, 85p.
5. Projet ORACLE, « Les Rendez-vous de la relève artistique de l’Estrie », Extract Recherche Marketing, Statistiques, juin 2009.
6. Jean-Pierre Leduc, « Diffusion des arts de la scène et municipalités : un soutien inégal », Lettre de Rideau, septembre 2009.
7. Conseil québécois du théâtre, « La fréquentation du théâtre dans le cadre des sorties scolaires », juin 2009.
8. Baldé, Dicko et alii, Sherbrooke, "Capitale de la musique", Analyse stratégique du développement local, Faculté d'administration, Université de Sherbrooke, 18 juin 2009.
